Petite réflexion sur les apprentissages ludiques

Avec deux enfants en instruction en famille (IEF) niveau collège, cette période de l’année est généralement propice à une réflexion globale sur l’année "scolaire" qui vient de s’écouler afin de préparer au mieux celle qui s’annonce. Que sommes-nous parvenus à mettre en place cette année et que nous avons particulièrement aimé, qui nous a été bénéfique ? Qu’est-ce qui nous a manqué ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Sur quoi aimerions-nous mettre l’accent l’année prochaine ? L’instruction en famille nous laisse une certaine liberté – même si celle-ci diminue comme peau de chagrin d’année en année – et nous pouvons donc nous permettre d’aborder les apprentissages différemment, en mettant en avant les centres d’intérêts des enfants.

Pour préparer cela et trouver de nouveaux livres et manuels qui nous serviront de base ou de fils conducteurs dans certaines matières, j’écume donc depuis quelques jours les sites d’IEF en France et à l’étranger. Et à force de voir passer des demandes de conseil pour des manuels dits ludiques, j’en viens à me poser des questions. Le développement généralisé du jeu dans les apprentissages comme méthode phare est-il une bonne ou une mauvaise idée ?

 

Mes enfants ont et ont eu la chance de développer leurs connaissances dans certaines domaines en parfaite autonomie, sans que je n’intervienne autrement qu’en répondant de temps en temps à des questions et en les aiguillant vers divers ouvrages ou sites internet. Cet apprentissage libre et autonome, en parfait « unschooling », s’est fait, logiquement, dans des domaines qui les passionnaient et pour lesquels ils montraient une motivation et un intérêt sans borne. C’est ainsi qu’ils ont appris à lire, qu’ils sont devenus des paléontologues en herbe, qu’ils ont lus tout ce qui leur tombait sous la main en chimie ou qu’ils apprennent actuellement la programmation. Et lorsque je les observe, je remarque qu’ils ne se dirigent pas forcément vers des supports d’apprentissage dit ludiques, bien au contraire. Ils sont capables, lorsqu’ils sont motivés par un sujet, de lire des ouvrages ardus et quasi-exhaustifs destinés à des adultes. Certes, ils ne comprennent pas forcément tout, mais ils persistent et emmagasinent une quantité incroyable de savoirs, sans se décourager et dans la bonne humeur.

Cela me fait penser aux lectures à haute voix que je leur faisais lorsqu’ils étaient enfants : je ne choisissais que rarement des livres officiellement adaptés à leur âge, mais cela ne les dérangeait pas. Si l’histoire les intéressait, ils restaient attentifs malgré la complexité du vocabulaire et la tournure littéraire des phrases. Leur capacité d'attention ne dépendait donc pas de leurs capacités cognitifs mais de leur motivation.

Tout ceci m’amène à approfondir ma pensée : si mes enfants sont capables d’apprendre à partir de supports complexes et non conçus pour les enfants (par des adultes), alors que leur apportent les supports dit pédagogiques et ludiques ? Et cette caractéristique est-elle spécifique à mes enfants ou peut-elle se généraliser ? Est-elle due au mode de vie que je leur propose ou à une spécificité cognitive ?

 

Que de questions ! Et finalement peu de réponses claires et nettes, mon panel d’études étant plutôt maigre ! Mais si je devais résumer mon opinion sur le sujet, voici ce qu’il en ressortirait :

 

  • Lorsque les enfants sont motivés, ils n’ont pas forcément besoin qu’on leur simplifie les apprentissages ou qu’on les rende plus accessibles, plus simples, plus ludiques. Penser cela constitue selon moi une forme d’adultisme. Alors certes, tous les enfants n’ont pas au même âge les mêmes capacités d’analyse et de compréhension, mais ils ont tous la capacité de s’intéresser à quelque chose qualifié de sérieux.
  •  En leur mâchant systématiquement le travail, en cherchant sans cesse à rendre les apprentissages attrayants, drôles…, nous contribuons sans doute involontairement à les couper de cette capacité d’apprentissage naturelle, tout en leur faisant perdre confiance en eux. Ils finissent par associer ce qui est sérieux avec quelque chose de compliqué, d’inaccessible et n’essaient même pas de s’y intéresser. C’est comme le langage bébé avec les tout petits, cela peut sembler une bonne idée au départ car cela leur permet de repérer plus rapidement les mots, mais sur le long terme, cela diminue la diversité et la qualité de leur vocabulaire passif et actif.
  • Le vrai problème se situe dans l’obligation d’enseigner à des enfants des informations qui ne les intéressent pas (soit qui ne les intéresseront jamais, soit qui ne les intéressent pas à l’instant T) et cela en masse, pendant des heures et des heures, jusqu’à ce qu’ils développent pour certains une forme de rejet de ce type d’apprentissage. Je me pose par exemple depuis longtemps la question de savoir s’il existe des troubles dys chez les enfants en apprentissages libres et autonomes depuis toujours et si oui, dans quelle proportion. Si jamais vous avez vu passer une étude sur le sujet, je suis preneuse ! Les troubles d’apprentissage pourraient-ils finalement être un trouble sociétal ?
  • C’est le principe de la béquille : de temps en temps, elle est nécessaire. Mais à force de l’utiliser systématiquement par facilité, même quand le besoin ne s’en fait pas vraiment sentir, on finit par ne plus pouvoir s’en passer. Ou le principe du « use it or loose it ».
  • Les enfants apprennent par le jeu : c’est un fait qui n’est plus remis en question aujourd’hui. Mais cela signifie-t-il qu’ils doivent systématiquement apprendre dans la facilité et la simplicité ? Le jeu peut-il être substitué par autre chose lorsque les capacités cognitives se développent et que la motivation est là ? Est-ce que nous n’avons pas une image biaisée du jeu ? Lire un livre de niveau lycée quand on a 10 ans et qu’on est passionné, n’est-ce pas aussi un jeu ?

 

Aujourd’hui, la société a tendance à développer cette touche ludique un peu partout, pas seulement dans le monde des enfants. Le stress ambiant, la pression sociale, les réseaux sociaux, les modifications des modes de communication…, tout cela nous pousse vers une recherche de la légèreté, de la facilité, de la rapidité. Mais ce faisant, nous perdons clairement en qualité et en profondeur. Nous sommes nombreux à nous en rendre compte et à appeler à la vigilance sur ce point. Nous devrions néanmoins intégrer également nos enfants dans cette réflexion. Sans pour autant vilipender le jeu – je le rappelle, il est vital à l’enfant et les enfants devraient passer une majeur partie de leur temps à jouer -, il est de notre devoir de trouver un juste milieu, un équilibre entre une approche bienveillante et individualisée des apprentissages pour les enfants et une simplification à outrance de ceux-ci. A force de vouloir les attirer dans des domaines qui ne les intéressent pas forcément de premier abord et de penser les apprentissages de manière identiques pour tous, nous finissons par confiner les enfants dans un monde bien pauvre intellectuellement et culturellement parlant (Quelques exemples en vrac: Nous ne pouvons plus aller au musée sans recevoir des jeux-questionnaires ou des chasses au trésor pour les enfants. Résultat : ils sont certes contents d’y aller mais ne regardent pas autour d’eux. La qualité d’écriture des romans pour enfants se simplifie à outrance depuis des années. De nombreux enfants ne marchent plus de nos jours alors qu’ils faisaient quotidiennement des kms à pieds il y a deux ou trois générations de cela...) A force de partir du principe qu’ils ont besoin de protection et d’assistance dans des domaines où cela n’est pas forcément le cas, nous finissions pas leur faire perdre leurs moyens et leurs capacités. Nous avons voulu protéger le monde de l’enfance pour des raisons évidentes, mais nous sommes en train d’en faire un monde à part, alors qu’il doit être en immersion dans le monde classique. Les enfants apprennent des adultes, en les imitant, en les observant. Les cantonner à un monde à eux ne leur rend pas service.

 

Que faire alors ? Et bien, ce n’est pas évident. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de solution toute faite.

Personnellement, j’essaie d’observer de manière neutre mes enfants, avec aussi peu d’a priori et de préjugés que possible. Je mets à leur disposition divers supports, des support faciles d’accès et des plus exigeants, et je montre l’exemple, en continuant à apprendre devant eux, à partir de documents variés. Je tiens compte de leurs capacités, de leurs envies et de leur état de fatigue, mais je ne leur facilite pas la tâche sans raison, juste parce que ce sont des enfants. Et j’accepte de me tromper, de faire comme je peux, au quotidien. Je ne peux pas changer la société ; je peux toutefois tenter de donner des billes à mes enfants pour qu’ils en tirent le meilleur et ne soient que peu influencés par le pire.

 

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