Tout se joue avant 6 ans

 

Vous connaissez peut-être cet immense succès éditorial de Fitzhugh Dodson publié dans les années 70 : « Tout se joue avant 6 ans ». Bien que j’ai vu ce livre dans la bibliothèque de mes parents il y a des années de cela, je ne l’ai jamais lu, je ne vais donc pas vous en faire une critique. Je trouve néanmoins le titre intéressant et c’est sur celui-ci que je voudrais revenir rapidement aujourd’hui.

 

 

Tout se joue avant 6 ans : en voilà une injonction menaçante ! Cela sous-tendrait que notre influence parentale serait moindre passé l’âge fatidique de 6 ans et que si nous n’avons pas mis en place de solides bases éducatives lors des premières années de vie de nos enfants, nous ne serions ultérieurement plus en mesure d’en modifier le cours. Heureusement, ce n’est pas le cas ! Tout comme il est possible de développer de nouvelles connections neuronales à tout âge, nous pouvons modifier nos habitudes de vie à tout moment. Les blessures, les pertes, les erreurs peuvent se réparer, même des années après. C’est un fait. Mais elles laissent une trace. Il est possible de réparer un vase fêlé, parfois avec une telle minutie que de loin, il semble intact. En y regardant de plus près, la cassure reste pourtant visible. Elle est toujours là, même recouverte d’une nouvelle couche de peinture pour l’atténuer.

 

Dans le monde éducatif, c’est la même chose.

On peut élever un enfant dans les violences éducatives ordinaires, puis effectuer un virage à 180 degrés vers la parentalité positive et laisser de côté punitions et récompenses pour reconstruire une nouvelle relation à son enfant. Cette relation peut alors être incroyablement forte et saine, elle ne parviendra toutefois jamais à effacer totalement les conséquences des rapports d’autorité classiques des premières années. Il y aura toujours des traces. Ces traces s’atténueront au fil du temps et d’un travail sur soi de longue haleine, mais elles ne disparaîtront jamais complètement. Notre corps garde en effet un souvenir plus ou moins prégnant de toutes nos expériences, bonnes ou mauvaises.

 

 

C’est pourquoi il est essentiel d’essayer autant que possible de poser de bonnes bases relationnelles dès les premières semaines, journées, minutes de vie de l’enfant, dès sa conception même. Non pas parce qu’on ne peut pas réparer nos erreurs. Mais parce qu’elles laissent toujours des traces et qu’il est tellement plus simple de faire de la prévention.

 

 

Le temps que vous donnez à vos bébés, à vos bambins, est irremplaçable. Les habitudes de vie, les odeurs, les sons dont vous les imprégnez à ces âges précoces les marqueront à jamais. Alors, si vous êtes au début de votre démarche de parents, prenez le temps de bien réfléchir à ce que vous voulez faire, à la manière dont vous voulez accompagner vos enfants dans la vie.

Vous ferez des erreurs, c’est certain, c’est même obligatoire, mais si vous avez déjà défini un cap à suivre, il sera plus facile à maintenir.

 

Réintroduire des légumes dans l’alimentation d’un enfant qui a connu une phase de phobie alimentaire vers 4 ans envers les végétaux mais qui en a mangé dans l’utérus de sa mère, dans son lait, dans ses premiers repas diversifiés… sera nettement plus facile que de les proposer au même âge à un autre enfant qui n’en a jamais vraiment consommé et qui ne possède donc pas le microbiote intestinal adapté pour les digérer et la mémoire pour les apprécier. De même, demander à ses enfants de participer aux tâches ménagères sera plus compliqué à accepter à dix ans s’ils vous ont toujours vu tout faire à leur place qu’à 1 an si vous les laissez vous aider à mettre la table.

 

 

Les bonnes habitudes peuvent se prendre à tout moment. Elles seront plus rapides à mettre en place, mieux ancrées et plus efficaces si elles sont prises tôt. Dans mon travail, je me retrouve le plus souvent à faire de l’accompagnement familial lorsque les problèmes sont déjà présents, alors qu’il est tellement plus aisé et plus percutant de faire de la prévention. Alors n’attendez pas pour prendre ces « bonnes » habitudes, celles qui conviennent le mieux à votre famille, celles que vous aurez choisies ensemble, selon vos valeurs et vos croyances. Je ne vous dis pas que tout doit toujours être parfait, c’est illusoire, épuisant et contreproductif. Je vous encourage juste à savoir où vous allez, pourquoi et comment. A choisir vos batailles et à les envisager sur le long terme.

 

A bientôt !

 

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