MON instruction en famille

 

Monsieur le président,

 

Vous annoncez vouloir vous attaquer au séparatisme islamique et à la ghettoïsation des quartiers. Vous ajoutez ne pas vouloir tomber dans l’amalgame, mais expliquer toutefois avoir pris la décision de rendre l’école obligatoire dès 3 ans en limitant strictement l’accès à l’instruction en famille. Vous décrivez votre projet comme conscient et théorisé, tout en parlant de l’écart des valeurs de ces groupes que vous désirez combattre d’avec les valeurs de la république, vous vous inquiétez de la création d’une contre-société.

J’expliquais il y a quelques jours de cela à des enfants que j’avais en atelier que la peur est mauvaise conseillère. Que nous avons généralement peur de ce qui pourrait arriver ou de ce dont nous nous rappelons, de ce que nous projetons, mais finalement rarement de ce qui existe réellement au présent.

J’ai l’impression que vous êtes vous aussi tombé dans ce travers. Que votre vision de l’école à la maison ne correspond pas à la réalité et que vous êtes tombé dans un amalgame, pas directement dans celui que vous souhaitiez éviter, mais dans un autre qui me semble tout aussi dangereux.

 

Laissez-moi vous raconter MON école à la maison.

Cette décision de vivre l’instruction en famille avec mes enfants, je ne l’ai jamais prise contre qui que ce soit ou contre quoi que ce soit. Ni contre l’école républicaine, ni contre ses valeurs. Bien sûr, j’ai été soulagée de ne pas avoir à faire subir à mes enfants une forme de pédagogie qui ne me convient pas, une violence latente qui me déconcerte, une immersion au quotidien dans des valeurs qui ne me parlent pas. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle mes enfants, aujourd’hui âgés de 8 et 11 ans, ne sont jamais allés à l’école.

La raison est tellement plus simple et plus belle : ils n’y sont jamais allés car je ne voyais pas, et je ne vois toujours pas, ce que l’école pouvait leur apporter de plus que ce qu’ils avaient déjà. Et ils n’y sont jamais allés au nom d’un principe essentiel qui régit ma vie depuis déjà de longues années : la liberté. Pas la liberté de faire ce que je veux sans me soucier des autres. Pas la liberté égoïste de faire passer mon bien-être en premier. Non, la liberté magique, fondamentale, d’être, tout simplement. D’être celui que l’on veut être, à son rythme, selon ses besoins et ses envies.

 

Sur la jungle et le désert

Sur les nids sur les genêts

Sur l’écho de mon enfance

J’écris ton nom

 

Je n’ai jamais ressenti le besoin de les mettre à l’école parce qu'on boucle le programme en 1 heure par jour au lieu des 8 qu’ils devraient passer assis sur une chaise, enfermés à rabâcher encore et encore la même chose, qu’ils l’aient déjà comprise ou non, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, qu’ils soient fatigués ou au contraire motivés pour apprendre.

 

Sur tous mes chiffons d’azur

Sur l’étang soleil moisi

Sur le lac lune vivante

J’écris ton nom

 

Je n’ai jamais ressenti le besoin de les mettre à l’école parce que je connais l’ennui incommensurable, le sentiment d’enfermement que l’on peut éprouver à essayer de rentrer dans un moule qui ne nous correspond pas.

 

Sur les champs sur l’horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres

J’écris ton nom

 

Je n’ai jamais ressenti le besoin de les mettre à l’école parce que mes enfants sont des enfants épanouis, incroyablement bien dans leur peau, serviables, respectueux, ouverts d’esprit, cultivés, avides d’apprendre, sensibles, rieurs, joueurs, drôles, complices, créatifs. En un mot, heureux.

 

Sur chaque bouffée d’aurore

Sur la mer sur les bateaux

Sur la montagne démente

J’écris ton nom

 

Je n’ai jamais ressenti le besoin de les mettre à l’école parce qu’ils font de nombreuses activités, de la musique à la capoeira, en passant par le parkour, la natation, l’escalade, le foot, l’escrime, au gré de leur envie, en fonction des années. Qu’ils rencontrent des copains régulièrement à la maison, au parc, ou chez les autres, qu’ils sont sociables et que tout le monde, de leurs profs d’activités aux amis, me disent à quel point ils sont géniaux. Qu'ils connaissent les valeurs de la République, qu'ils chantent occasionnellement la Marseillaise et qu'ils ont développé au cours de ces années merveilleuses passées ensemble une empathie, un esprit critique et une ouverture sur le monde qui leur font rarement défaut.

 

Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de l’orage

Sur la pluie épaisse et fade

J’écris ton nom

 

Je n’ai jamais ressenti le besoin de les mettre à l’école parce que je veux qu’ils apprennent à vivre dans le présent, qu’ils passent du temps dehors, à faire du sport, à grimper aux arbres, à découvrir la nature, à apprendre à l’aimer et à la protéger. Je veux qu’ils aient les pieds sur terre, qu’ils se connaissent et sachent ce qui est bon pour eux, qu’ils soient autonomes et responsables. Je veux qu’ils se découvrent par eux-mêmes, à leur rythme, et non en suivant les dernières modes des cours d’école. Je veux qu'ils jouent avec leurs amis non pas quelques dizaines de minutes par jour dans une cour bétonnée mais des heures à l'air libre, en forêt ou dans la campagne, à inventer de nouvelles règles sans cesse, à tester leurs amitiés, à les vivre pleinement.

 

Sur les formes scintillantes

Sur les cloches des couleurs

Sur la vérité physique

J’écris ton nom

 

Je n’ai jamais ressenti le besoin de les mettre à l’école parce que j’ai fait des études supérieures, que j’ai travaillé pendant des années pour une multinationale à l’étranger et que la majorité de mes anciens collèges rêvent de reconversion professionnelle et prennent des cours de méditation et de pleine conscience pour aller mieux, pour gérer leur stress et pour oublier leur frustration. Pourquoi obliger mes enfants à vivre dans un temps qui n’est pas le leur pour ensuite devoir leur réapprendre à l’âge adulte à être ancrés dans la vie et dans le présent ? Je suis aujourd’hui naturopathe et conseillère parentale, je me suis reconvertie professionnellement pour pouvoir vivre ma vie de famille comme je l’entendais, et je vois sans cesse des adultes perdus à qui je dois réapprendre à être eux-mêmes plutôt que de faire ce qu’on attend d’eux. Pourquoi refuser cela à mes enfants, ici et maintenant ?

 

Sur les sentiers éveillés

Sur les routes déployées

Sur les places qui débordent

J’écris ton nom

 

Je n’ai jamais ressenti le besoin de les mettre à l’école parce qu’ils connaissent Gandhi, Van Gogh, Mandela, Joffo, Liszt, Hugo, Gabrielle d’Estrées, Stevenson, Socrate et tant d’autres, pour ceux que nous avons cité juste cette semaine. Parce qu'ils savent situés sur une carte Tirana, Pretoria et Reykjavik et qu'ils savent différencier la carotte sauvage de la grande ciguë ainsi que le charme du hêtre. Parce qu’ils sont nés dans un pays, ont grandi dans un autre et habitent aujourd’hui dans un troisième et que toute cette diversité est une richesse, leur richesse. Et qu’aller à l’école voudrait dire s’enfermer dans une culture en laissant de côté les deux autres.

 

Sur la lampe qui s’allume

Sur la lampe qui s’éteint

Sur mes maisons réunies

J’écris ton nom

 

Je n’ai jamais ressenti le besoin de les mettre à l’école parce que je sais que la production de masse n'est pas toujours synonyme de qualité et que comme il est plus simple de concocter un repas pour quelques invités que pour une trentaine de personnes, il est également plus aisé et plus efficace d'enseigner un concept à quelques enfants plutôt qu'à une classe entière.

 

Je ne vis pas dans un ghetto mais dans une petite ville de province. Sur les dizaines de familles pratiquant l’instruction en famille que je côtoie, j’en connais deux de confession musulmane. Elles semblent vivre leur religion avec beaucoup de douceur et de tolérance. Pas de début de contre-société comme vous l’entendez. La grande majorité de ces familles qui nous entourent sont bien intégrées dans leurs quartiers, leurs villages, au travail, font vivre l’économie locale, sortent, voient du monde.

 

Je ne cherche pas particulièrement à vous convaincre, je sais que c’est peine perdue, on ne convainc finalement que ceux qui désirent être convaincus. Mais j’aimerais que vous ouvriez les yeux sur le fait que l’école à la maison, vous la fantasmez, moi je la vis, quotidiennement, depuis des années. Je ne dis pas que votre vision est fausse, je dis que la mienne est juste. Et que j’ai la désagréable impression d’être un dommage collatéral. Or, croyez-moi, cela fait mal.

Peut-être que cette liberté vous fait peur, cela je peux le comprendre, mais je considère ne pas avoir à subir ce sentiment qui vous appartient. Alors, pour toutes ces familles qui, comme moi, n'ont rien demandé à personne, et vivent leur instruction en famille dans le respect, l'amour, et la simplicité d'une vie partagée, revoyez je vous prie votre point de vue pour le rendre plus humain et plus juste. Les dommages collatéraux ne peuvent pas faire partie de la justice. Ce serait trop injuste.

 

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté.

 

Sophie Papszt, en remerciement à Paul Eluard

 

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Benedicte (dimanche, 04 octobre 2020 09:17)

    Je n’ai pas d’enfants, pourtant l’instruction en famille est mon objectif s’il m’arrivait un jour d’en avoir. Votre texte résume à la perfection la pensée de milliers de familles concernées par ce texte de loi absurde et liberticide. Je suis écœurée en plus d’être triste. Bien que je ne sois même plus étonnée par ce genre de prise de position du gouvernement... merci pour ces mots de maux.

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Certifiée Féna, la Fédération Française des Écoles de Naturopathie

 

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