Quand tout dérape

Il y a des jours où tout va bien, où tout se déroule selon le plan initial. Les membres de la famille sont de bonne humeur, il fait beau, personne n’est en retard, aucune mauvaise surprise sur la route ou au travail, le repas est sur la table à temps, les enfants n’ont pas une tonne de devoirs, ils ne rechignent pas à aller se laver les dents ou à aller se coucher à l’heure.
 
Mais soyons réalistes, ces jours sans anicroche sont plutôt rares. Même très rares. En général, nous devons nous débattre avec les difficultés du quotidien, certes ordinaires mais pas si anodines que cela, inhérentes à la fatigue, au stress, au manque de temps, à l’incompatibilité des desiderata de chacun. Et nous, les parents, nous gérons comme nous pouvons ces imprévus un à un, avec plus ou moins de patience et de réussite. Nous écoutons la colère de la cadette, tout en nourrissant le petit dernier et en aidant tant bien que mal le grand à faire ses exercices de maths. Comment cela, tu ne te rappelles plus comment faire les multiplications à deux chiffres? Puis nous nous occupons du dîner en planifiant mentalement la journée du lendemain. Nous aidons les enfants à trouver une solution respectueuse et collégiale pour résoudre les problèmes cruciaux qui les divisent : à qui appartient le lego Harry Potter ? Qui a commencé à jouer avec la poupée ? Peut-on chante à tue-tête quand son frère tente de lire dans la même pièce ?
 
Une fois, deux fois, trois fois. Et puis, sans vraiment savoir pourquoi, alors que nous avions parfaitement géré la situation jusque-là, tout dérape. La tension nous envahit et on ne contrôle soudain plus rien ; on se met à crier d’impuissance, d’épuisement, d’énervement. Pour que tout s'arrête. Pour qu'ils se taisent enfin. Pour qu'ils cessent d'être des enfants. D'être imprévisibles et exubérants. Pour qu'ils rentrent dans le moule, dans notre moule.
On a envie de tout envoyer valser, de partir en trek à Katmandou, ou de se retrouver les doigts de pieds en éventail sur une plage en Corse. On ressent une colère immense et incontrôlable contre ces enfants que nous aimions si fort quelques minutes auparavant. On peut momentanément même regretter de les avoir faits ou avoir envie de leur faire du mal.
 
Et c’est d’autant plus compliqué pour nous, les mères, que nous avons souvent une image de la maman idéale qui se doit d’être douce, patiente et tendre en toutes occasions. Une mère qui ne sort pas de ses gonds, qui ne se transforme pas en Gorgone hystérique pour des raisons d’intendance ou de conflits de territoire, qui console, qui guide et qui remet fermement mais affectueusement dans le droit chemin. Une mère qui s’occupe dignement de sa couvée, qui tient sa maison propre et rangée et prépare de bons petits plats à sa famille.
 
Alors oui, la société a changé et ces valeurs ont évolué. Mais nous restons inconsciemment imprégnés de ces croyances. Notre mémoire collective nous incite à nous conformer à ces attentes irréalistes et lorsque nous dévions du chemin tracé, nous ressentons une forte culpabilité. Je vous le dis souvent : la culpabilité est positive tant qu’elle ne devient ni paralysante, ni destructrice. Nous auto-flageller pour ne pas être parvenues à accompagner respectueusement les émotions de nos enfants ne nous aidera pas. Nous devons accepter l’imperfection en nous. Accepter que nous ne collons pas et que nous ne collerons jamais à ce modèle chimérique, pour pouvoir avancer. Alors seulement nous serons capables de mettre en place des soutiens efficaces pour notre parentalité. Car c'est en acceptant d'être une mère imparfaite que nous deviendrons paradoxalement une meilleure mère.
 
Être bienveillant avec soi-même, avec ses faiblesses, ses échecs, ses différences est le premier pas vers la transition.
Et continuons à travailler ensemble pour nous créer une nouvelle image de la mère idéale : moins parfaite mais plus vivante, plus émouvante et plus accessible.
 
À toutes les mères qui dérapent de temps en temps mais font de leur mieux et ne renoncent pas.
Et à tous les pères qui, même s'ils souffrent moins de la comparaison avec les générations précédents, se doivent eux aussi de créer de nouveaux modèles de parentalité.

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