Le microbiote des bébés

Vous avez certainement entendu parler du microbiote intestinal. Il est difficile de passer à côté depuis quelques années en raison de l'importance prépondérante que lui accordent les scientifiques dans le maintien de la santé et du bien-être.

Qu'est-ce que le microbiote intestinal ?

 

Le microbiote est l'ensemble des micro-organismes de types bactéries, virus, champignons et parasites non pathogènes colonisant une partie de notre organisme en équilibre dynamique. Différents microbiotes cohabitent dans le corps humain: au niveau du vagin, de la bouche, de la peau...

 

Le microbiote intestinal, également appelé flore intestinale, est le plus important d'entre eux et serait constitué d'environ 100 000 milliards de bactéries pesant plus ou moins 2 kilos. Nous y trouverions plusieurs centaines d'espèces différentes vivant idéalement en symbiose avec l'organisme (ces chiffres sont approximatifs - pas facile à compter! - et peuvent énormément varier d'une étude à une autre). Il est localisé dans les deux intestins, l'intestin grêle et le côlon, sur le mucus intestinal servant de biofilm protecteur à l'épithélium intestinal (la paroi).

 

Nous connaissons de plus en plus précisément son rôle. Ses fonctions principales sont au nombre de quatre :

  • Il participe à la digestion en dégradant les fibres consommées non digestibles et permet l'absorption de nombreux nutriments. Il assure également la synthèse de certaines vitamines comme les vitamines K et B12.
  • Il constitue la première barrière contre les agents pathogènes en produisant des substances anti-microbiennes et en perturbant leur adhésion à la muqueuse intestinale (compétition pour prendre les places libres dans l'intestin)
  • Il maintient l'intégrité de la muqueuse et son étanchéité
  • Il joue un rôle neurologique en ayant un effet modérateur sur le stress et l'anxiété, tout en régulant l'humeur.

 

 

Les micro-organismes présent dans la flore intestinale s'auto-régulent en permanence et sont relativement fragiles face aux agressions extérieures. Une perturbation du microbiote, nommée dysbiose intestinale, peut donc intervenir de plusieurs manières et avoir des conséquences importantes sur l'organisme. Elle peut en particulier être la cause de

  • troubles digestifs tels que diarrhée, constipation, ballonnements, flatulences, douleurs abdominales...
  • troubles neurologiques tels que dépression, insomnie, fatigue, céphalées, stress, perte de mémoire...
  • déficience immunitaire avec infections à répétition, particulièrement au niveau ORL, allergies, asthme, acné, psoriasis... (60 à 80% des cellules immunitaires seraient localisées dans le tube digestif)

Et les bébés dans tout cela ?

Les informations ci-dessus sont communes à tout individu, quel que soit son âge. Le microbiote est propre à chaque personne, même s'il peut se modifier au cours de notre existence suivant un certain nombre de facteurs que nous détaillerons plus loin. Il se forme dès la naissance, pendant et après celle-ci et se développe progressivement pendant les premières années de vie de l'enfant, jusqu'à acquérir sa maturité vers 2 ou 3 ans.

 

Il est communément accepté que l'environnement fœtal humain est stérile et que le nouveau-né acquiert donc son microbiote pendant et après la naissance. Il existe toutefois une autre théorie expliquant que le placenta, le liquide amniotique et le méconium rejeté dans celui-ci par le fœtus ne serait pas stérile et que le fœtus buvant le liquide amniotique absorberait des micro-organismes qui commenceraient la colonisation de ses intestins in utero. Une étude1 sortie en 2017 dans Microbiome a effectué un comparatif de ces deux théories et conclut qu'en l'état actuel des connaissances, il est opportun de penser que le bébé naît bien avec un tube digestif stérile.

Je vous propose donc de continuer à accepter cette idée jusqu'à nouvel ordre: le microbiote du bébé commence à se former au moment de la naissance.

 

Deux modes de délivrance sont alors possibles :

  • par voie basse: le microbiote du nouveau-né se crée au contact de la flore vaginale et fécale. La colonisation s'effectue tout d'abord par des entérobactéries pendant les premières 24 à 48 heures, puis celles-ci laissent la place à d'autres types de bactéries. Sans rentrer dans les détails, il est important de comprendre qu'il existe une chronologie classique relative à cette colonisation.
  • par césarienne: le microbiote se crée alors par contact avec les micro-organismes de l'air, de la peau de la maman (différents de ceux de ses intestins et de son vagin), du personnel soignant... Les conditions d'hygiène très strictes et le manque de contact avec la flore vaginale maternelle ne permettraient pas au microbiote de se développer dans des conditions optimales. Il serait ainsi plus fragile et mettrait plus de temps à se former, ne respectant pas la chronologie mentionnée ci-dessus.

Une restauration partielle du microbiote des nourrissons nés par césarienne serait possible en présentant à ceux-ci après la naissance des tissus imbibés de la flore bactérienne de leur mère. L'étude2 réalisée portait certes sur un nombre restreint de sujets mais son côté original ne devrait néanmoins pas la faire passer pour anecdotique. À vos tissus, les mamans ayant des césariennes ! Si vous n'en avez pas, votre index fera l'affaire.

 

Explorons un peu plus en détail cette fragilisation du microbiote intestinale du nourrisson en cas de césarienne. Ce fait communément admis a été démontré par diverses études, notamment en 1999, par Grönlund et al. qui nous expliquent que les microbiotes intestinaux diffèrent selon le mode d’accouchement jusqu’à 6 mois, voire jusqu’à 7 ans (Salminen et al., 2004), avec les conséquences que vous pouvez imaginer. (Travaux3 résumés par Joseph Neu en 2012).

 

Mais comme je vous le disais dans mon article précédent, rien n'est jamais simple et se fier aux études scientifiques n'est pas toujours une évidence puisqu'il arrive qu'elles soient contradictoires.

Une étude4 publiée en 2017 dans Nature Medicine revient ainsi toutefois sur cette idée en comparant 2 groupes de 81 femmes accouchant respectivement par voie basse et par césarienne. Même s'il est possible de trouver une légère différence au niveau de la bouche, des narines et de la peau des nouveau-nés en fonction du mode de délivrance juste après la naissance, cela n'est pas le cas dans le méconium et toute trace de différence significative a disparu 6 semaines après.

 

Je préfère personnellement penser que le lieu de naissance a bel et bien une incidence sur la qualité du microbiote du nouveau-né car cela me semble tout simplement logique. Le fait que les bébés nés à la maison aient un microbiote plus diversifié que ceux nés à l'hôpital - également par voie basse - tend d'ailleurs à confirmer mon choix5.

 

 

Les conditions de naissance ne sont pas les seules à intervenir dans la qualité du microbiote dès les premières heures de vie du bébé. Le mode d'alimentation a lui aussi un rôle à jouer. L'allaitement6, en mettant le nourrisson en contact avec le microbiote mammaire - la flore bactérienne contenue dans les canaux galactophores des seins - et le microbiote cutané autour des mamelons de la mère, ont eux aussi une incidence sur la transmission des micro-organismes de la mère à l'enfant. Les bactéries du lait peuvent en effet être tracées jusqu'aux selles du nourrisson allaité. Le lait serait responsable de 30 % des bactéries intestinales pendant le premier mois de vie, la peau des mamelons d'environ 10 %. Il est en outre prouvé que plus la mère allaite longtemps, plus le microbiote du bébé ressemble à celui de sa mère.

 

Dans le même esprit, le microbiote du nourrisson va à nouveau subir une importante modification au moment de la diversification alimentaire. Et il sera également potentiellement sujet à adaptation au moment des vaccinations, d'infections diverses ou de toute prise de médicaments.

 

Il est essentiel de se rendre compte que la qualité de cette flore intestinale pourra avoir des effets immédiats et/ou à long terme non seulement sur la santé de bébé, mais aussi sur son humeur, et donc sur l'atmosphère générale familiale, puisque que, comme cité précédemment, un microbiote en bonne santé permet une meilleure gestion du stress et une régulation de l'humeur, notamment grâce à la sécrétion de sérotonine, l'hormone de la sérénité et du bien-être qui est produite à 80, voire 90% au niveau des intestins. De même, une dysbiose engendre une diminution de l'action du GABA, le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central.

Des expériences de transfert de microbiotes entre souris dites agressives et souris dites obéissantes ont montré que ces petites bactéries qui vivent en symbiose avec nous dans nos intestins sont responsables de nos comportements - les souris dites agressives sont devenues obéissantes après transfert du microbiote d'une souris obéissante dans leurs intestins et vice-versa. NB: il existe des études identiques réalisées sur des souris obèses et des souris minces présentant le même type de résultats.

 

Enfin, il semblerait que ce précieux microbiote puisse aussi vous aider à soulager les coliques du nourrisson. Une étude7 publiée fin 2016 a démontré une incidence de l'hypersensibilité intestinale et donc du déséquilibre de la flore intestinale dans les coliques du nourrisson en comparant les selles de bébés avec et sans colique. Le microbiote des nourrissons souffrant de coliques a également été introduit dans les intestins de souris par transplantation de flore fécale et ces dernières ont alors montré des contractions des muscles abdominaux. À ma connaissance, peu de travaux existent pour l'instant sur l'influence de la prise de probiotiques chez le nourrisson pour calmer les coliques. Je n'ai personnellement encore jamais eu l'occasion d'essayer mais n'hésitez pas à me faire part des résultats si vous tentez de soulager votre bébé de cette manière.

 

En résumé, le microbiote du nourrisson se met en place sous l'influence de divers paramètres:

le mode de naissance, l'allaitement, la diversification alimentaire, l'environnement géographique, les conditions d'hygiène, la vaccination...

D'autres facteurs  peuvent également provoquer une dysbiose chez l'adulte et chez l'enfant. Au nombre de ceux-ci se trouvent notamment :

  • tout changement brutal d'environnement,
  • une mauvaise alimentation (notamment des plats industriels, un excès de sucres rapides ou de graisses saturées, de gluten et de laitage, ainsi que de toxines en général ; une carence en nutriment de qualité, en fibres, en acides gras essentiels...)
  • des perturbateurs endocriniens, notamment les xénobiotiques,
  • des médicaments (antibiotiques, anti-dépresseurs, anxiolytiques, anti-inflammatoires, chimiothérapie...),
  • des infections virales, bactériennes ou parasitaires,
  • le stress,
  •  le fait de manger trop vite, sans mastiquer...

 

Mais qu'est-ce que ce long monologue implique?

 

Et bien il implique une grande responsabilité. Car comme nous l'avons vu, idéalement, le microbiote du nourrisson doit et va ressembler à celui de sa mère. Il est donc indispensable que celui-ci soit le plus équilibré possible afin d'offrir les meilleurs chances au petit être qui vient de naître pour partir d'un bon pied sur le long chemin de vie qui l'attend. Idéalement, il faudrait d'ailleurs que cette prise de conscience se fasse quelques mois avant la conception afin que tout se passe au mieux. Un certain nombre de fausses-couches ainsi que des difficultés à concevoir serait d'ailleurs la conséquence potentielle d'une inflammation chronique de l'organisme due à un déséquilibre de la flore intestinale.

 

Si vous êtes déjà bien avancée dans le processus de la grossesse, voire si votre bambin galope gaiement devant vous pendant que vous lisez cet article ou s'il est parti s'amuser chez ses copains, ne désespérez pas: il n'est jamais trop tard !

 

Une dysbiose se traite très bien avec un suivi naturopathique.

Et comme j'ai coutume de le dire, la culpabilité a des raisons d'exister, elle nous empêche de reproduire à l'infini les mêmes erreurs. Mais elle ne doit pas nous étouffer, elle doit au contraire nous servir de tremplin pour aller de l'avant.


1 Perez-Munoz et al., "A critical assessment of the "sterile womb" and "in utero colonization" hypotheses: implications for research on the pioneer infant microbiome.

2 Dominguez-Bello et al., "Partial restoration of the microbiota of cesarean-born infants via vaginal microbial transfer.

3 Neu et al., "Cesarean versus vaginal delivery: long term infant outcomes and the hygiene hypothesis.

4 Chu DM et al., "Maturation of the infant microbiome community structure and function across multiple body sites and in relation to mode of delivery".

Combellich et al., "Differences in the fecal microbiota of neonates born at home or in the hospital".

6 Pannaray et al. "Association between breast milk bacterial communities and establishment and development of the infant gut microbiome".

7 Eutamène et al., "Luminal contents from the gut of colicky infants induce visceral hypersensitivity in mice"

 

 

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Commentaires: 5
  • #1

    Anne (jeudi, 03 janvier 2019 13:25)

    Très bon article Sophie, complet et passionnant! Merci.

  • #2

    Familles-naturos (jeudi, 03 janvier 2019 14:53)

    Merci Anne! Cela fait plaisir. :-)

  • #3

    Cécile (jeudi, 03 janvier 2019 15:25)

    Je confirme, merci pour toutes ces infos! J'ai appris plein de trucs aujourd'hui lol.

  • #4

    Sylvain (jeudi, 03 janvier 2019 22:33)

    Sympa!

  • #5

    Familles-naturos (vendredi, 04 janvier 2019 09:19)

    Merci Cécile et Sylvain pour votre retour.

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Certifiée Féna, la Fédération Française des Écoles de Naturopathie

 Membre de l'OMNES, Organisation de la Médecine Naturelle et de l'Éducation Sanitaire