Mon enfant ne fait pas ses/mes nuits

Ah, le sommeil de bébé et/ou du petit enfant ! Voilà un sujet épineux au possible et qui se trouve sans conteste dans le top 3 des demandes de consultation que je reçois. Pourquoi ? Pourquoi tant d’enfants connaissent-ils des problèmes de sommeil ? Pourquoi tant de parents épuisés ont-ils aujourd’hui besoin d’aide pour que leurs enfants dorment des nuits complètes sans se réveiller? Pour qu'ils s’endorment seuls en quelques minutes une fois posés dans leur lit ? Je trouve que le nombre de parents luttant régulièrement avec leurs enfants pour qu’ils dorment tranquillement devrait nous mettre la puce à l’oreille. S’il y a tant de famille chez qui le sommeil pose problème, c’est peut-être parce que la problématique de départ est mal posée et/ou que le sommeil est finalement plus une question sociétale qu’une affliction individuelle.

 

Selon la parentalité classique, il est commun de considérer que le parent est détenteur d’informations et de savoirs qu’il est de son devoir de passer à l’enfant. La relation parent-enfant est construite sur une hiérarchie verticale. L’enfant aurait besoin des adultes pour apprendre et grandir, et serait perdu sans eux. Cette vision peut se comprendre au regard de la fragilité et de la dépendance du nourrisson à son parent. Puisqu’il a besoin d’être consolé, d’être nourri, d’être porté, il aurait également besoin d’aide dans tous les autres domaines de la vie.

 

Selon les modèles de parentalité plus moderne qui se développent ces dernières années, et notamment dans la parentalité positive bienveillante, la relation parent-enfant est plus transversale. Le rapport de supériorité du parent sur l’enfant est mis de côté et les deux entités de l’équation sont considérées comme plus ou moins égales selon les auteurs et les thèmes considérés. La plupart d’entre eux recommandent ainsi de prendre en compte les émotions de l’enfant comme nous prendrions en compte les émotions d’un adulte. Il est aussi courant aujourd’hui de conseiller d’allaiter un enfant à la demande. Nous avons donc acquis que le nouveau-né était capable de décider seul de sa faim et de ses émotions. Pour diverses raisons que je vais tenter de détailler plus bas, nombre de parents et de professionnels de la petite enfance peinent à accepter toutefois que le nouveau-né ait également la capacité de décider de sa fatigue et de sa capacité à dormir.

 

Voici ce que j'en pense en tant que consultante en parentalité:

  • On ne peut pas enseigner à un enfant à dormir selon l’interprétation classique que nous avons de ce terme, tout comme on ne peut pas lui enseigner à marcher ou à parler. Il est par contre primordial de lui montrer l’exemple et de l’aider à s’imprégner de ce qui se fait autour de lui afin qu'il prenne de bonnes habitudes.
  • Il est par contre possible de forcer l’enfant à dormir par des méthodes de dressage bien connues du type 5-10-15. Vous laissez l'enfant seul pendant 5 minutes, même s'il pleure ou vous appelle, puis vous revenez le voir en lui parlant posément afin de le calmer, généralement sans le prendre dans les bras, puis vous repartez pour 10 minutes et ainsi de suite. Ces méthodes (diverses variantes existent) fonctionnent généralement au bout d'un temps relativement court. Certains bébés renoncent rapidement à appeler leurs parents, d'autres hurlent jusqu'à s'en faire vomir, mais tous finissent par se lasser et abandonner. Malheureusement, cet apprentissage forcé a des conséquences négatives sur l'enfant, sur sa vision du monde et sur la relation parent-enfant : le risque qu'il perde confiance dans son parent et dans l'amour que celui-ci lui porte est grand. En gros, l'enfant n'apprend pas à dormir, il apprend à renoncer à appeler ses parents lorsqu'il a faim, qu'il a mal, qu'il a peur... qu'elle que soit la raison qui l'ait poussée à pleurer. Nous ne cherchons alors pas à comprendre les besoins de notre enfant et à les combler, nous cherchons simplement à ce que l'enfant cesse d'appeler son parent.
  • Certaines personnes surfent sur la vague de la bienveillance en prônant ces méthodes d'apprentissage forcé mais en les enveloppant dans un packaging plus sympa, soit-disant plus respectueux de l'enfant : le fait qu'on laisse pleurer l'enfant n'est évoqué qu'à demi-mots, on diminue les temps où l'enfant est laissé seul (ex: seulement 1 minute, puis 2...), on parle de faire attention à l'enfant, de s'assurer qu'il ait un doudou avec lui, on conseille de le bercer sans le prendre dans les bras, de le maintenir sur son matelas... Mais le principe de base reste le même: on oblige l'enfant à s'endormir en ne répondant pas à ses besoins et en le laissant pleurer si nécessaire. Je vous déconseille ainsi grandement les livres Au dodo les petits et La méthode chrono-dodo qui se présentent comme bienveillants et sécurisants pour les enfants mais ne le sont pas.
  • Il n’existe aucune méthode miracle ! Si vous trouvez un livre ou un professionnel qui vous garantit que votre enfant dormira en 2 ou 3 jours, alors c’est que cette méthode s’apparente à du dressage (cf ci-dessus).
  • Par contre, il est possible de donner de bonnes habitudes à la famille (et pas seulement à l’enfant!) et de gommer les habitudes qui peuvent avoir une influence négative sur le sommeil. L'organisation de la journée est primordiale quand on cherche à améliorer son sommeil. Il est essentiel de bien comprendre les mécanismes qui sont en jeu afin pour se positionner correctement vis-à-vis de cela.
  • Les problèmes de sommeil qui perdurent sont rarement uniquement des problèmes de sommeil, d’autres dysfonctionnements s’y greffent souvent sur lesquels il est possible d’avoir une influence (relation parent-enfant, sentiment de sécurité général, difficultés transgénérationnelles, stress général, confiance en soi, hygiène de vie...).
  • Les enfants ne sont physiologiquement pas faits pour faire des nuits complètes seuls avant 5 ou 6 ans. Certains y parviennent, d’autres non. C'est ainsi, le sommeil est aussi affaire de loterie ‘génétique’ : certains enfants dorment plus ou moins bien depuis toujours, pour d’autres c’est plus compliqué. Cela ne veut pas pour autant dire qu’il faut forcément être fataliste et ne pas chercher ce qui ce cache dernière. Seulement que nous avons des prédispositions au sommeil, il y a des gros dormeurs, des petits dormeurs, des couche-tard, des lève-tôt, certains qui s’endorment immédiatement très profondément n’importe où, d’autres qui se réveillent au moindre bruit. C'est incroyablement injuste mais il est essentiel d’en tenir compte afin de ne pas avoir d'objectifs totalement irréalistes en la matière.
  • Allaitement et nuits : on entend souvent qu’un enfant ne doit pas s’endormir au sein sous peine de ne pas savoir faire autrement. Il est vrai que chez certains, cette habitude peut parfois rendre l'endormissement plus long et plus compliqué en grandissant. Mais c'est un processus parfaitement naturel chez les tout petits. Chercher à empêcher à nourrisson de s'endormir au sein alors que cela répond à son besoin n'a pas de sens. Cela revient à tenter d'aller plus vite que la musique. Si l'allaitement pose un jour problème, il sera alors temps d'habituer l'enfant autrement. S'endormir dans les bras ou au sein quand on n'a que quelques mois n'est pas un problème en soi si cela répond à un besoin. Tout est une question d'âge. A nous d'adapter nos demandes à l'âge de nos enfants.
  • Le sommeil des enfants est en réalité une affaire culturelle et sociale, bien plus qu'un problème physiologique. Les sociétés plus proches des modes de vie ancestraux ne connaissent pas ou peu de difficultés avec le sommeil des petits. Celui-ci est devenu une véritable préoccupation à partir du moment où les parents ont commencé à travailler dans la journée au sens classique du terme et où des considérations idéologiques et économiques ont développé l'idée que les enfants devaient dormir dans des chambres séparés de leurs parents. Sans obligation particulière ni contrainte d'horaire et avec une chambre familiale commune, le sommeil n'est pas un problème.
  • Le fait que notre société occidental considère qu'un enfant qui ne dort pas comme ses parents le souhaiteraient est anormal a tendance à exacerber la fatigue parentale et la perception négative que les parents en ont. En d'autres termes, notre niveau d'énergie dépend aussi de notre vision de celui-ci. Si être fatigué m'agace, j'ai tendance à ressentir la fatigue de manière plus importante que si je considère la fatigue comme quelque chose de classique dans la vie de jeunes parents. On retrouve le même phénomène par exemple à la ménopause où les femmes souffrent nettement plus d'effets secondaires dans les pays qui ont une vision négative de la vieillesse que dans les autres.
  • Les méthodes de dressage doivent rester des méthodes d’urgence : si vous avez tout essayé, si vous avez fait de la prévention en réorganisant votre journée, que vous avez tenté des méthodes de gestion du stress douces et bienveillantes, que vous avez vu un conseil adapté… et que vous sentez que vous n’en pouvez plus, que vous risquez de devenir violent avec votre enfant – voire que vous l’êtes déjà – ou que le burn-out vous guette, alors oui, ces méthodes peuvent être envisagées. Mais en dernier recours.
  • En tant que naturopathe, j'ai également dans ma trousse personnelle divers outils qui peuvent grandement aider à améliorer la situation, du côté des enfants comme du côté des parents : la phytothérapie en général, l'aromathérapie et la gemmothérapie en particulier, les fleurs de Bach, l'homéopathie, la micronutrition, les techniques de gestion du stress et de respiration… sont autant de techniques qui ont fait leurs preuves.
  • Mon expérience professionnelle me montre régulièrement qu'il est indispensable que les parents eux-mêmes travaillent sur leur rapport au sommeil, que ce soit le rapport qu'ils avaient à celui-ci enfants et le rapport qu'ils ont aujourd'hui. Difficile de demander à votre enfant de s'endormir quand il est fatigué si vous luttez vous-mêmes régulièrement contre le sommeil.
  • J'insiste sur la nécessité d'accompagner la famille entière en cas de difficultés par rapport au sommeil d'un de ses membres et non seulement l'enfant directement concerné. Les problèmes de sommeil ne sont en définitive que des problèmes de gestion de besoins en communauté. Vous avez un problème avec le sommeil de votre enfant car vos besoins sont en opposition avec les siens. Il est donc essentiel de travailler des deux côtés.
  • Je ne cherche pas à vous culpabiliser si vous avez utilisé ses méthodes ou si vous y songez, juste à remettre les chose en place afin que vous puissiez faire des choix adaptés à vos besoins familiaux en toute conscience et connaissance de cause.

 

En conclusion, le sommeil est une question complexe qui ne peut être balayée d'un revers de la main par une pseudo-solution miracle à moins d'entacher l'intégrité et la sérénité des enfants. Il existe toutefois des chemins qui peuvent soutenir les parents pour améliorer la situation, gagner en harmonie familiale et diminuer l'épuisement qu'ils peuvent ressentir.

 

Pour terminer, si j'avais 3 ouvrages à vous conseiller sur le sommeil des enfants, ce serait ceux-ci:

  • Être parents la nuits aussi de William Sears
  • Un sommeil paisible et sans pleurs d'Elizabeth Pantley
  • Dormir sans larmes de Rosa Jové

Bonne lecture et si vous désirez me contacter pour une consultation personnalisée afin que je vous vienne en aide, c'est par ici:

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